Tout le monde a maintenant entendu parler de cet adolescent de 15 ans qui est mort sous les balles de la police pour avoir participé à une manifestation anarchiste à Athènes, samedi soir. On a dit bien des choses dans les journaux électroniques et à la télé à ce sujet (Attention : Le jeune n'était pas armé et ne lançait pas de cocktails Molotov, contrairement à ce que certains prétendent!) et je suis choquée de voir le traitement qu'on a fait à ce drame. La répression meurtrière de la police (réputée pour son incompétence et sa brutalité)réveille bien sûr de douloureuses blessures chez les Grecs, qui ont subi une guerre civile et une dictature au cours des soixante dernières années. De plus, on ne touche pas impunément aux enfants dans la Grèce orthodoxe. Mais...
Et si la mort de ce jeune cristalisait aussi la frustration et les rancoeurs que les Grecs ont accumulées à l'endroit d'un gouvernement corrompu jusqu'à l'os, éclaboussé par divers scandales financiers au fil des dernières années et que l'on soupçonne même d'avoir trempé dans les grands incendies (très souvent criminels) de l'été 2007? Et personne ne soulève le problème de fond, à l'origine des manifestations anarchistes et, finalement, des émeutes qui ont enflammé toute la Grèce et ne semblent pas près de s'éteindre.
Parmi les âneries que des lecteurs ont publiés dans les forums électroniques de Libération et du Figaro, qui me font craindre le pire quant à la santé de la société française, car la majorité des interventions pourrait se résumer à "Mort aux jeunes (= cons, racailles)!" ou "C'est la faute de la gauche!"(Nulle comparaison possible entre les émeutes en Grèce et celles des banlieues en France), je suis tombée sur l'intervention sensée d'un lecteur, probablement d'origine grecque, que je publie intégralement ici tant elle résume bien la situation de la Grèce... et finalement de plusieurs pays d'Europe. Est-ce à dire que le mouvement risque de se propager à l'extérieur du pays?
1 - Personne ne veut évoquer le fait que la vie est devenue très chère en Grèce depuis l'adoption de l'euro, le salaire moyen est inférieur à 1000 euros, voire 800 euros, et le prix de la nourriture a doublé au minimum.
2 - Personne ne veut dire que Carrefour a racheté tous les supermarchés grecs depuis l'adoption de l'euro, que la banque commerciale (Emporiki, 2e banque grecque), la banque agricole (Agrotiki trapeza), la banque génrale (Geniki trapeza) ont été rachetées par des banques françaises, en particulier la BNP.
3 - Personne ne dit que l'ambassade de France est là uniquement pour représenter ces firmes françaises qui rachètent toutes les entreprises grecques, du moins les parts de marché qu'elles représentent.
4- Personne ne dit que l'aéroport d'Athènes et la principale compagnie de télécommunications, OTE, a été concédé à des entreprises allemandes, que le port du Pirée a été concédé à une entreprise chinoise. Autant dire que la Grèce perd peu à peu le contrôle de ses outils de transport et de communication.
5 - Personne ne dit que les partis politiques, le Pasok pour la gauche ou la ND pour la droite, sont aux mains des mêmes groupes familiaux depuis des générations, et que la Grèce s'est libérée de la tutelle turque, mais qu'elle n'a jamais connu de révolution poltique et sociale. On se succède très souvent de père en fils à la tête du parti socialiste ou du parti de droite (droite, gauche, c'est pareil), à la tête de la mairie d'Athènes, voire comme premier ministre...
6- Enfin les Grecs vivaient beaucoup mieux avant l'adoption de l'euro qui est une catastrophe. Pour la jeunesse grecque, le parti centriste de droite est devenu le symbole de cet abandon de leurs droits, de leurs espérances.
On le sait, les jeunes réagissent toujours avant les "vieux" et sont le ferment des révolutions... Qu'en pensez-vous? En a-t-on finalement assez du "Les gros mangent les petits", de la mondialisation, du capitalisme à outrance et le fait-on savoir bruyamment?
Évidemment, je ne cautionne pas la violence et la destruction, mais je trouve qu'il y a là matière à réflexion.
P.S. J'écoute la télé en direct et ils viennent de mettre le feu au sapin de Noël géant qui décore la place Syntagma... tout un symbole.
Lectures
Il y a 3 mois
11 commentaires:
Je suis surtout frappé par le fait que tu pourrais remplacer les noms grecs par des noms mexicains et on y verrait que du feu. Sauf qu'évidemment, la Grèce fait partie de l'UE...
Et comment ils s'en sortent, les Mexicains?
Je viens de regarder les infos et sur la Suisse, ils évoquaient à peu près tout ce qui est dans ton billet, sauf les conneries lala.
Heureusement je t'avais vue présente sur faceb....ça m'a rassurée, mais j'espère quand même que tu es assez loin de toutes ces manifestations qui dégénèrent plus les heures passent!
Je vis à 1,2 km de Syntagma, Beo, et j'y passais 2-3 fois par semaine. Je n'ai pas vraiment peur pour moi-même - les citoyens ne sont pas visés - mais je me demande comment ça va finir. Je sens que quelque chose de très gros vient de s'enclencher...
Je voudrais comprendre la moitié de ce qui est dit dans les émissions spéciales à la télégrecque, notamment les débats.
Salut Blue,
J'ai constaté la violence des policiers grecques lors d'un de mes passages a Athenes.
Un immigrant, albanais je suppose, avait pratiquement été tabassé par un policier devant des témoins et qui n'a du son salut qu'a l'intervention de son collègue.
La Grèce m'a donnée l'impression d'un pays qui vit au ralenti. Ou les élans et les initiatives sont freinés avec une jeunesse mise au ban de la société car justement jeune...
Ai je raison ?
AK47, la jeunesse n'est pas mise au ban de la société, au contraire, c'est sa richesse. Je crois que la réaction populaire n'aurait pas été aussi forte s'il s'était agi d'un adulte.
Le problème, c'est que ces jeunes sont très scolarisés, cultivés, qu'ils ont une conscience politique (ça m'a souvent étonnée), plus que la moyenne des jeunes Européens, je dirais, qu'ils ont vu leur parents trimer dur et occuper deux emplois pour joindre les deux bouts et les envoyer à l'université ou simplement leur payer des cours de langue seconde après l'école (les jeunes grecs parlent souvent très bien au moins deux langues) et qu'au bout du compte il n'y a pas d'emploi et pas d'avenir pour eux. Que des emplois inintéressants à 700 euros par mois, dans un pays où tout coûte presque aussi cher qu'en France. Ces jeunes voient aussi la décadence du gouvernement qui s'accroche désespérément au pouvoir et qui n'agit pas, la corruption généralisée et l'obligation d'être pistonnés par un corrompu pour avancer dans la vie. Ces émeutes, c'est leur rage et leur frustration. C'est en tout cas ce que j'ai compris.
Finalement, on connaît si peu la Grèce, si ce n'est comme destination touristique ...
Superbe reportage, bravo !
Merci, Sucre online. C'est vrai que la Grèce est méconnue.
Le problème, ce n'est pas l'euro, qui n'est qu'un outil, mais bien que le salaire minimum grec est trop bas.
On a fait l'Europe économique et monétaire, c'est parfait, et c'est une énorme protection contre la tempête qui souffle d'Amérique, mais il aurait aussi fallu faire une Europe sociale avec pourquoi pas un salaire minimum décent à l'échelle de l'Europe.
Olivier, je pense qu'il n'est pas si simple de hausser le salaire minimum. Le pays a dû entrer de justesse dans l'UE. Impossible de comparer la Grèce à des pays comme l'Allemagne, la France, ou l'Italie au niveau des revenus et du PIB. Le pays exporte très peu et importe énormément. Il vit d'agriculture et de tourisme: où trouver l'argent pour augmenter les salaires?
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