D'abord, pourquoi fêtons-nous Noël le 25 décembre? Le solstice d'hiver marquait chez les Romains la fin des Saturnales, fêtes en l'honneur de Saturne qui était, entre autres, le protecteur des graines enfouies. Jusqu'au IIIe siècle, on rendait également un culte à Mithra à cette date. Mithra, le Dieu Soleil était, selon la légende, né le 25 décembre dans une grotte et surgissait sous la forme d'un nouveau-né (Noël signifie «nouveau soleil» en gaulois). C'est au IVe siècle que la tradition chrétienne a situé symboliquement la naissance de son sauveur au 25 décembre, car le solstice d’hiver marque le triomphe de la Lumière sur les Ténèbres. C’est le temps de la renaissance après la mort.

Branche de gui pour le Nouvel An
C'est aussi à cette époque que le gui fleurit et que, fidèles à la tradition celte, les druides le cueillaient dans les chênes à l'aide d'une serpe d'or. Le mot «gui» signifie qui guérit tout, notamment l'hypertension. Les branches coupées de cette plante, suspendues au plafond, sont réputées pour porter bonheur et assurer amour, prospérité, fertilité et longue vie aux amoureux qui s'embrassent dessous à la Saint-Sylvestre.

Branche de houx pour Noël
Quant au houx, c'est un arbuste qui reste vert toute l'année. Symbole d'immortalité, la tradition du houx remonte aux Romains et est associée à la naissance de Jésus, car selon la légende, lors de sa fuite en Égypte la Sainte-Famille a échappé aux soldats d'Hérode grâce à un buisson de houx qui aurait miraculeusement étendu ses branches pour la cacher. À Noël, les chrétiens perpétuent la tradition celte en remplaçant le gui par le houx, car ses épines rappellent la couronne de Jésus et ses boules rouges, le sang du Christ.
Le retour de la lumière est également symbolisé par la «bûche de Noël», bûche de chêne que l’on fait brûler dans la cheminée. C’est une bûche que l’on a prélevée dans le feu de joie celte du solstice d’été et qui restitue en cette période sombre l’énergie solaire qu’elle a emmagasinée. Selon d'autres sources, on allumait la bûche avec les tisons précieusement conservés (un peu comme on le fait avec la flamme olympique) de la bûche du Noël précédent. Avec la disparition des grands âtres, on a fait de la bûche une pâtisserie.
Les Celtes avaient aussi dédié l'épicéa (semblable au sapin), qui était l'arbre de l'enfantement, au 25 décembre. Cette tradition de l'arbre a évolué, s'est joyeusement mêlée à la tradition de la représentation des Mystères chrétiens au Moyen Âge, dans lesquels un sapin (plus commun que l'épicéa) garni de pommes rouges évoquait le paradis, et le premier arbre de Noël tel que nous le connaissons, mais sans lumières encore, serait apparu en Alsace (Ah! Nous y voilà!) en 1521. Cette tradition s'est ensuite répandue en Allemagne, en France et en Autriche.
Finalement, mes lectures m'ont appris avec plaisir que le Québec a adopté le sapin de Noël au moins 50 ans avant l'Angleterre, mesdames et messieurs (sans doute par l'intermédiaire de la France)! En effet, ce n'est qu'en 1841 que le prince Albert, mari d'origine allemande de la reine Victoria, a fait dresser le premier sapin de Noël au château de Windsor.
Curieusement, un écrivain anglais, Charles Dickens, a grandement contribué à revigorer les traditions de Noël, fortement en déclin à l'époque où Albert faisait dresser son sapin. On doit donc une fière chandelle à A Christmas Carol, car la popularité de cette histoire a joué un rôle crucial dans l'importance accordée à la famille dans cette fête et l'ajout de la dimension sociale - et finalement chrétienne! - de la charité. Notamment, l'esprit de Noël, cette envie de faire le bien autour de soi, de réparer les injustices sociales et de lutter contre la pauvreté, si criantes à l'époque victorienne, est une invention de Dickens, et nos paniers de Noël pour les pauvres en sont un digne héritage...
Quelqu'un se sent-il d'attaque pour réinventer Noël au XXIe siècle en écrivant quelque chose d'aussi fort?
10 commentaires:
Chapeau pour ton texte très intéressant. Je vais réfléchir fort pour voir si je pourrai ajouter quelque chose.. Mais j'en doute.
Merci, Lux. :)
J'ai essayé de résumer, mais en fait il y en a long à dire sur toutes nos traditions...
Quel beau travail, Blue!
Justement, hier, en réfléchissant à ce que je vais écrire aujourd'hui (je vais parler du menu de Noël typique en Angleterre), je pensais à Dickens et au solstice, etc. Mais je viens d'en apprendre bien plus avec le gui, le houx, la bûche...
J'aimerais vraiment beaucoup écrire le Christmas Carol du XXIe siècle, mais je vais décliner ton appel à tous par manque de confiance en moi! :D
Ton billet est vraiment très intéressant - j'y ai appris plein de choses! Merci d'avoir pris le temps d'écrire tout ça. Je verrai les fêtes de Noël sous un oeil nouveau! :-)
Merci Kajin, c'est très gentil. :)
Impressionnant toutes ces données historiques! Et dire que l'Alsace est le berceau des décorations lumineuses!
Merci Caroline. C'est bien dommage. ;)
Merci Béo. :)
Génial ce petit cours d'histoire en accéléré ! Ça fait du matériel pour alimenter les discussions dans les partys de Noël, ça ! Et quelle surprise d'apprendre que je méprenais le gui et le houx depuis toujours ! Me voilà assurément plus instruite ;)
Merci Geneviève. Ne t'en fais pas, j'ai appris tout ça en faisant mes recherches et en écrivant mon billet. ;)
ouéééééé génial ton blogg
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