09 septembre 2006

Paris


C'est en essayant d'écrire un billet sur Paris que je me suis rendu compte que Paris m'inspire très peu de bons sentiments... Bien sûr, lorsque je reçois des Québécois, je suis fière de leur faire visiter ma ville, mais outre sa beauté qui s'étale sans pudeur et son riche passé, rien ne me donne envie de m'y établir pour de bon. Probablement parce que je suis sensible à l'attitude des Parisiens à l'égard de leur ville. Voyons un peu...

Paris, c'est un décor somptueux sali, méprisé même, par des gens bougons : les Parisiens. Combien de fois ai-je dû m'y prendre pour essayer de convaincre un de mes amis, né à Paris, de prendre un bateau-mouche pour la première fois? J'ai finalement réussi à l'y traîner au bout de quelques années d'efforts soutenus pour l'entendre enfin m'avouer, presque tout bas, qu'il était ravi de l'expérience... Je peux constater le même mépris souverain pour les plaisirs touristiques chez la plupart des Parisiens que je connais.

Paris, c'est sale et ça pue. Les hommes pissent dans la rue, contre les immeubles, dans les escaliers, partout. J'ai même devant chez moi un escalier que je surnomme l'escalier qui pue. En effet, il comporte un petit palier à l'abri des regards et est connu comme pissotière de fortune par pas mal d'hommes dans pas mal grand, à ce qu'il semble. Une fois, j'ai même vu un homme garer sa camionnette, disparaître dans l'escalier et remonter deux minutes après, la main encore sur la braguette. Pourtant, tous les matins, les petits hommes verts de la Ville de Paris nettoient consciencieusement cet escalier à l'eau et au savon, mais quand j'y descends un peu plus tard dans la journée, j'y trouve toujours une coulée bien odorante que je dois enjamber en retenant ma respiration. Quant aux crottes de chiens, la situation s'est grandement améliorée, heureusement. Quelle ironie!

Paris, c'est stressant. Traverser la rue est une épreuve. Il y a un perpétuel duel entre les piétons et les automobilistes. Malheur au piéton qui se trouve encore au milieu de la rue quand les feux virent au vert ou sur un passage clouté aux heures de grande circulation. L'application du code de la route est tout à fait aléatoire et le civisme, une notion désuète. Klaxon à tout va (J'ai déjà vu un crétin au volant écraser son klaxon tout le temps que des ambulanciers ont mis pour embarquer une vieille dame en civière dans l'ambulance qui bloquait une petite rue tranquille : ma rue.), intimidation (faire mine d'avancer malgré la présence du piéton ou le frôler dangereusement), comportements dangereux (les sens uniques, c'est pour les autres), grossièreté, tout y passe.

Paris, c'est déprimant. Très peu de gens ont l'air heureux d'y vivre et surtout d'y travailler. Le service dans les magasins? Vous plaisantez! Je suggère aux touristes d'aller observer les vendeuses de chez San Marina, un magasin de chaussures des Halles, pour avoir une idée de l'absence de service que règne dans la plupart des magasins parisiens. Toutes les fois que j'y vais, les vendeuses m'ignorent royalement pour pouvoir bavarder entre elles en paix ou se chamaillent à propos du ménage à faire dans les boîtes. Vous êtes curieux de voir des caissières de supermarché à la mine patibulaire ou des cafetiers ronchons? C'est si facile à trouver...

Le métro parisien? Entre les djeunes qui vous bousculent et vous collent aux fesses pour passer en même temps que vous au portillon parce qu'eux, ils ne paient pas leur ticket, l'odeur des corps mal/pas lavés qu'il faut supporter et la voiture étonnament vide pour l'heure de pointe dans laquelle les initiés savent qu'il ne faut pas monter parce qu'un clodo y dort et y a sûrement vomi ou fait caca, on a le choix.

Curieusement, dans ces moments de dégoût j'ai toujours à l'esprit l'image d'une rangée d'hommes aux chaussures noires bien cirées, luisantes comme des miroirs, se tenant debout alors que la plupart des sièges sont occupés par des femmes, sur la District Line, près de South Kensington, à l'heure de pointe...

Heureusement qu'il y a l'Eurostar pour prendre un bain de civilisation de temps en temps. Évidemment, on peut toujours rentrer à Paris le soir pour bien manger! Le meilleur des deux mondes, je vous dis...

10 commentaires:

Christophe Berget a dit...

Malheureusement, c'est vrai

Caroline a dit...

Ouïlle... C'est cauchemardesque. Comme un très mauvais repas que seule Londres a le secret de savoir offrir à des clients de restaurants, parfois!

Je sais que ton blogue s'appelle Eurostar, et qu'ainsi, tu ne comptais sans doute pas sortir de Paris ni de Londres, mais peut-être le bonheur de la France est-il hors de Paris?

Peut-être qu'une scène de la vie des régions françaises saurait donner de l'espoir?

Je comprends pourquoi les Français ont si mauvaise presse en Angleterre...

Blue a dit...

Oui, c'est bien triste.

J'attends d'avoir des nouvelles d'amis qui se sont établis hors de Paris récemment pour en savoir davantage sur les états d'âme du reste de la France, mais les journaux me donnent à penser (exagèrent-ils?) que le mal s'est répandu pas mal partout.

J'ai quand même visité plusieurs régions de France et, si je me sens moins agressée ailleurs qu'à Paris, je ne m'y sens pas vraiment mieux. Bien sûr, mon accent m'ouvre pas mal de portes et les Français ont généralement un préjugé positif à l'égard des Québécois, mais je me sens très mal à l'aise lorsqu'ils croient bienvenu de me confier leur envie de voter Le Pen ou leur sentiment que la France est antisémite.

Blanche a dit...

Eh oui, quel Parisien n'a pas eu à se plaindre d'un automobiliste sauvage ou d'un métro qui pue...

Malgré les désagréments qui peuvent m'arriver (et continueront à m'arriver) à Paris, elle reste pour moi la plus belle, la plus attirante, la plus vivante, la plus.....
J'adore Paris, je ne peux pas vivre sans Paris, et j'assume... presque tout le temps!:)

Blue a dit...

Quand j'ai envie de me réconcilier avec Paris, je vais marcher au bord de la Seine, le soir. J'ai vu plusieurs belles villes traversées par un cours d'eau dans le monde, mais aucun fleuve n'est aussi bien mis en valeur que la Seine.

Anonyme a dit...

J'aime bien l'idée de ton blogue, c'est en voyageant qu'on arrive le mieux à définir ce que l'on est, en confrontant notre culture à une autre.. et c'est intéressant tout ce qu'on peut découvrir sur l'identité québécoise!
J'ai habité presque 6 ans en Europe et mon copain (allemand) et moi avons développé une théorie sur les différences culturelles entre l'Amérique du Nord et l'Europe (en tout cas, l'Europe du Nord, probablement surtout dans les grandes villes).
En Amérique, ce qui compte c'est la politesse: on demande à des étranger s'ils vont bien alors que ça ne nous intéresse pas vraiment, on sourit même si ça ne va pas fort, et il faut être vraiment démoli - ou connaître ses collègues vraiment intimement - pour répondre "ça ne va pas bien". C'est souvent superficiel mais cette politesse agit un peu comme un lubrifiant social, elle facilite les rapports.
En Europe, ce qui compte c'est la sincérité: on ne demande pas aux gens s'ils vont bien, à moins d'être vraiment intéressé - et prêt à écouter les détails de pourquoi ça va bien (ou non) - on ne sourit pas nécessairement si on n'a pas le goût, et le service à la clientèle s'en ressent!
Selon moi, ça mène à une certaine dictature de la mauvaise humeur: on dirait qu'il y a une loi qui interdit aux caissières de sourire, aux préposés à l'information d'être aimable.. d'un autre côté, les Allemands sont souvent déçus par la superficialité des rapports en Amérique du Nord, ils s'attendent à une relation plus profonde étant donné tant d'intérêt..
Je ne sais pas si notre théorie se tient mais ça m'a aidée à prendre la mauvaise humeur avec un grain de sel! Et à apprécier "LA" caissière toujours de bonne humeur!

Blue a dit...

Ah oui, intéressant, mais alors il faut exclure l'Angleterre de l'Europe, car le "how do you do?" qui ne demande pas de réponse et le "cheers" (en buvant) sans contact visuel sont plutôt décevants en fait de manifestations d'un intérêt pour sa personne. ;)

Blue a dit...

Adriana, je dois aussi préciser que le service à la clientèle en Amérique du Nord fait partie intégrante de toute stratégie d'affaire. Ce n'est pas vraiment une question de relations superficielles entre les gens.

J'ai travaillé comme caissière et commis au service à la clientèle dans un grand magasin pendant longtemps et il FALLAIT absolument dire bonjour et merci M. ou Mme Untel (en lisant le nom de la personne sur sa carte de crédit) sous peine de congédiement. Et il ne fallait pas faire attendre plus de trois clients à la caisse (d'autres commis devaient alors prendre une caisse et nous aider). Et puis, "le client est roi", c'est le principe numéro un du commerce en Amérique du Nord. C'est pourquoi les "babounes" et autres "airs bêtes" sont relativement rares dans les magasins québécois. ;)

Quant à une comparaison entre les relations sociales en Amérique du Nord et en Europe, je pense écrire un billet sur la question un peu plus tard. Merci pour l'idée!

Anonyme a dit...

Salut, Blue ! Vraiment sympa, ton blog ! Alors oui, c'est vrai, les Parisiens sont irrespectueux de leur ville et n'y connaissent rien parce qu'ils ne jouent jamais aux touristes. Mais quand même, c'est de loin la plus belle ville du monde, et ça, ça rattrape pas mal de choses ! En même temps, je sais que je suis un peu de mauvaise foi puisque je quitte cette ville pour toutes ces choses horribles que tu décris très bien. Et j'avoue ne pas être insensible au charme de Londres, qu'on dirait tout droit sortie d'un roman du XIXè siècle...

Anonyme a dit...

Tu ne crois pas que tu noircis un peu le tableau? :-)