18 février 2007

Une révolution en musique

Gustavo Dudamel

Hier, j'ai eu la chance d'assister à un excellent concert classique au Queen Elizabeth Hall, à Londres. Le London Philharmonia était dirigé par Gustavo Dudamel, encensé par la critique et considéré comme le chef d'orchestre le plus doué de sa génération. Déjà célèbre, Dudamel n'a que 25 ans...

Les choses auraient pu tourner différemment pour lui, car il a grandi à Barquisimeto, dans l'ouest du Vénézuela, un pays où 75 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté et où le crime et la violence sont pour beaucoup un mode de vie. Le jeune chef reconnaît volontiers que sans la musique, il aurait pu finir dans la rue. «Lorsque je regarde ce que sont devenus les garçons de mon âge, je constate que beaucoup ont sombré dans la drogue et le crime. Mais pas ceux qui faisaient de la musique».

En effet, le Vénézuela, plus que tout autre pays au monde propose à sa jeunesse la musique comme alternative à la misère. Le programme éducatif du pays, auquel 250 000 enfants participent, a été primé par l'UNESCO et l'UNICEF et louangé par Nelson Mandela et ne fait pas que sauver des milliers de jeunes d'une vie de criminalité : il est en train de former des musiciens exceptionnels qui arrivent peu à peu sur le devant de la scène internationale.

Un des jeunes participants à ce programme, Lennar Acosta, aujourd'hui professeur au Conservatoire Simon Bolivar, avait été arrêté neuf fois pour vols à main armée et trafic de stupéfiants avant que le programme lui confie une clarinette. «Au début, je pensais qu'ils plaisantaient. Comment pouvaient-ils confier un tel instrument à un enfant comme moi, à un voleur? Mais j'ai compris qu'on ne me prêtait pas l'instrument. On me le donnait. Et c'était beaucoup plus agréable à avoir entre les mains qu'une arme à feu».

Le programme offre l'instrument de musique, les cours, les déplacements, les partitions et soutien social en échange de quoi l'enfant accepte de jouer dans l'un des ensembles du programme et d'enseigner ce qu'il a appris à un enfant plus jeune. Recevant une éducation musicale dans une atmosphère d'encouragement, d'affection, de soutien mutuel et de plaisir sans entraves, les enfants atteignent souvent un niveau de maîtrise instrumentale qui leur permettrait d'entrer dès l'adolescence dans un conservatoire européen.

Impressionnée par l'histoire et le talent de Gustavo Dudamel, j'ai dit quelques mots au jeune chef d'orchestre à la sortie du concert, alors qu'il accordait des autographes. Petit, souriant, chaleureux, ayant échangé son queue-de-pie contre un simple polo, il était rayonnant et a accepté timidement mais avec un plaisir non feint mes compliments. C'était beau à voir.

* Extraits du livret du CD Beethoven 5 & 7th, Simon Bolivar Youth Orchestra of Venezuela, conducted by Gustavo Dudamel, du prestigieux label Deutsche Grammophon, 2006.

9 commentaires:

Beo a dit...

Quelle plus belle preuve de l'adage: La musique adoucit les moeurs!

Je trouve ça formidable comme programme; ça devrait se faire dans bien d'autres pays hein?

Tu commences bien ta semaine londonnienne, hi hi!

Blue a dit...

Beo, ce programme serait sans doute utile dans plusieurs pays, en effet! Et comme tu dis,ma semaine commence bien. ;)

Anonyme a dit...

Je vois. Donc, tu étais à deux doigts de séduire le chef d'orchestre? Tststs ;-)

Anonyme a dit...

Mamy t'envie d'avoir eu l'occasion de dire quelques mots à un si JEUNE et talentueux virtuose.
Quant à moi,je trouve extraordinaire ce que tu vis.
Profites-en au maximum. Ça compense pour les choses un peu moins drôles !!!
Bonne semaine ! On pense à toi.

Anonyme a dit...

Impressionnant !!! Wow, je seconde Béo: ce programme serait tellement utile dans tous les pays du monde ! Parce qu'il est bien vrai qu'on ne peut qu'être pacifique avec un instrument de musique entre les mains (bon, ça exclue les chanteurs de heavy métal qui cassent leurs guitares hihihi).
Hmm tu sembles bien profiter de ton séjour anglais ;) (et nous aussi, par conséquent !)

Caroline a dit...

C'est vraiment une belle découverte que tu partages là avec nous. Ça donne de l'espoir, des programmes comme ça. On se dit qu'il y a peut-être moyen de venir à bout de la misère par la plus belle voie possible, la musique, l'art.

Et dire que tu as parlé à ce Herbert von Karajan en puissance, quelle chance!

Blue a dit...

Gryphon : Ahem, n'exagérons rien, mais l'occasion était belle de faire une tentative. ;)

Papy et Mamy : C'est un ami ukrainien qui m'avait recommandé ce concert il y a près d'un an. Je gage que Mamy a aussi trouvé que le chef était beau. :)

Geneviève et Caroline : Le boum pétrolier au Vénézuela a sans doute rendu possible l'existence de ce programme et je suppose qu'il serait très difficile de faire la même chose dans les pays en développement, mais c'est super de voir autant de bons résultats.

Pur bonheur a dit...

Hier soir à la télé passait le film 'Le fantome de l'opéra' et je pensais à toi et à toutes les belles salles de spectacle que tu visites régulièrement !

Blue a dit...

C'est gentil, Tangerine. :)

C'est l'opéra Garnier de Paris qui a inspiré cette histoire...