
J'étais attablée à mon bistrot parisien préféré (en fait, il est à deux pas de chez moi et le patron est très sympathique) quand j'ai entendu un couple d'Américains, assis à la table voisine, commander dans un français, ma foi, assez convaincant : «deux dauwrades, s'il vous plaît».
Bien sûr, le patron a remarqué que les clients sont Américains et se retourne vers moi en souriant avant de les «avertir» que la daurade est un poisson servi avec la tête et la queue et la peau et les yeux, Alouette! Les Américains ouvrent grand les yeux (de merlan frit) et se regardent : «Ah bon?!! Heu... On peut wregawrder encowre la meniou?».
Le patron a de longues années d'expérience avec les touristes et sait très bien que les Nord-Américains ne supportent pas qu'on leur rappelle brutalement que ce qui se trouve dans leur assiette était un animal qui nageait ou broutait encore gaiement il n'y a pas si longtemps. Comme quoi les Québécois n'ont pas que Céline Dion en commun avec les Américains...
8 commentaires:
C'est drôle :-)
En bonne nord-africaine, j'adore les têtes de poissons. J'ai beaucoup de plaisir à passer du temps à essayer de ramasser le peu de chaire qu'il y a!
Nous autres, les gens du sud, nous pouvons être bien durs et cruels parfois :-)
C'est vrai! Je ne mange que des filets de quoi que ce soit: poulet, boeuf, poisson! :D (Mais ce n'est pas une position seulement "éthique" ou "affective", ça parle aussi de mes limites techniques en cuisine!)
Et puis, des Américains qui parlent un peu français: c'est génial! Ils sortent des sentiers battus!
Um : Notre position n'est pas dépourvue d'hypocrisie et de sensiblerie, je pense, mais je ne sais pas d'où ça vient. Je n'ai vu ce problème face à l'image de l'animal mangé, sans connotation religieuse ou philosophique, nulle part ailleurs que chez les Américains et les Canadiens. Le végétarisme, c'est une autre histoire.
Caroline : Heu, à mon avis ça demande moins de technique de cuire un poisson entier que de le dépecer en filets. ;)
Blue, tu m'accordes trop de bonne volonté! Je ne me tape pas le boulot du dépeçage, tu penses bien! J'achète mes filets emballés sous vide, tout préparés d'avance pour moi par je ne sais quel boucher béni! :)
Manger un poisson entier, ça demande de l'adresse, il faut trier... Ça prend du temps... (Autodérision.)
Sérieusement, je pense que s'éloigner ainsi de ce qui nous sustente, abstraciser (?) nos morceaux de viande, ce n'est rendre hommage aux bêtes qui nous donnent de l'énergie. C'est hypocrite et mesquin.
Je me relis et je trouve que mon texte exprime mal ma pensée. Il est trop condamnateur et catégorique!
Je veux juste dire qu'il y a là de quoi méditer un peu sur notre relation aux aliments...
Caroline : Oui, le cellophane et le styromousse des comptoirs de supermarché nous évitent de penser que la viande vient d'un animal. C'est de cette hypocrisie/lâcheté-là dont je voulais parler.
Cette poisson est avec tete!!
Je suis très concernée aussi par ce choc... culinaire.
La première fois que ma nouvelle belle-mère m'a servie une truite avec tête et queue... je me suis forcée mais heureusement: elle était bien frite donc pas avec un air encore vivant comme sur la photo. :-D
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