08 novembre 2006

Métro, dodo

Ces jours-ci on entend encore parler de complots terroristes visant à tuer le plus de monde possible dans le métro. Même si on évite d'y penser, c'est toujours un peu inquiétant de s'engoufrer dans les sous-terrains de Londres, si vulnérables à la folie meurtrière des illuminés islamistes. Pourtant, il fut un temps où le métro représentait la sécurité pour des milliers de Londoniens.

Au cours de la Deuxième guerre mondiale, quand Londres était dévastée par les bombardements aériens intensifs nazis (le Blitz), les gens ont exigé du gouvernement qu'il les laissent s'abriter dans le métro pour la nuit, car ils ne se sentaient pas bien protégés dans les abris civils. Petit à petit, le métro, qui fonctionnait normalement le jour, est devenu un salon le soir et un dortoir la nuit.

Un gramophone américain, à la station Picadilly Circus

Les Américains ont offert cinq gramophones aux Londoniens pour qu'ils puissent écouter de la musique et se détendre un peu dans le métro, le soir.

Hamacs entre deux rails désélectrifiés pour les enfants

Les gens ont développé un système d'admission de nuit dans le métro avec place assignée (les retardataires devaient dormir dans les escaliers roulants pour ne pas déranger les autres), des règles de vie commune (comme ne pas secouer ses draps sur la plate-forme le matin, pour éviter la propagation des microbes) et bien sûr, la politesse et le respect des diverses classes sociales étaient de mise.

La vie était presque normale dans le métro. On y prenait le thé, les femmes tricotaient, se racontaient des histoires et les hommes jouaient aux cartes.


Un sapin de Noël dans une station

Pendant que les Allemands détruisaient leur ville, les Anglais on fêté Noël, dansé et chanté dans le métro. La vie communautaire s'est organisée et chaque station ouverte distribuait son petit journal (qui ne contenait le plus souvent qu'une page).

Sur une plate-forme de la station Elephant and Castle, la nuit. Notez les chapeaux accrochés au mur...

Grâce à l'admirable faculté d'adaptation des Anglais et à leur tempérament calme et mesuré, aucun incident majeur n'a été signalé, malgré les désagréments évidents liés à la promiscuité forcée et à l'inconfort des gens... Lors des attentats terroristes du 7 juillet, on a pu constater que ces traits de caractère nationaux sont toujours présents chez les Anglais.

Un exemplaire d'un journal rédigé par les résidents du métro

« Si Hitler avait su que pour détruire les Anglais il fallait leur tordre le cou un par un, il n'aurait pas perdu son temps à venir nous bombarder », expliquait un résident du métro pendant le Blitz. Je doute que les terroristes soient au courant...

13 commentaires:

Anonyme a dit...

Vraiment impressionnant ces photos! Je radotte peut être... mais ce signe de caractère d'adaptation et de pragmatisme m'est familier ;)

Sinon: je prie pour qu'il ne se passe rien dans le métro; c'est tellement con d'attaquer les gens, les civils comme ça... faut pas avoir de coeur!

Blue a dit...

Beo, c'est vrai que c'est impressionnant. Les photos sont tirées d'un livre sur la vie dans le métro pendant la guerre.

Les attentats terroristes, c'est la bêtise humaine à l'état pur commise par des gens malades, haineux et brainwashés.

Anonyme a dit...

Merci pour cette petite leçon d'histoire illustrée! Très intéressant...

Phoebe a dit...

J'aime beaucoup ce petit "reportage historique" !

Anonyme a dit...

Wow chère Blue, tu m'as vraiment impressionné avec cette chronique du métro !!! Jamais je n'aurais imaginé tout ça ... Vivre dans le métro, pourquoi pas ? Vaut mieux ça qu'un bunker ! Et les hamacs d'enfants suspendus entre deux rails ... ça fout la trouille !

Anonyme a dit...

Tu as mis le doigt sur une histoire que je ne connaissais pas du tout, et les photos sont poignantes. Chapeau bas pour ces Anglais, au flegme si séduisant (qui, au passage, a conduit à leur survie)!

Blue a dit...

Merci pour les bons commentaires. :)
En passant, le livre que j'ai utilisé comme source est vraiment très intéressant et s'intitule "The Shelter of the Tubes", de John Gregg.

Anonyme a dit...

Merci pour partager cette histoire avec des photos, en plus!

Anonyme a dit...

Super!

Vraiment intéressant comme histoire.

La photo des enfants dans le hamac est vraiment spéciale. J'ai partagé ton billet avec mon mari(Londres fait partie de notre threesome ;-), sa réaction fût: mais il devait y avoir des souris... On s'entends qu'au moment même de ces photos leur derniers soucis devaient en effet être les souris ;)

Merci beaucoup pour tes billets hyper intéressants!

Caroline

Blue a dit...

Umzayd : Merci et j'espère que ton séjour à Londres se passe bien!
Caroline : Merci, c'est gentil, et bienvenue sur mon blogue. :) Pour ce qui est des souris, j'ai lu un passage sur un rat que les gens d'une station ont appelé John et qui venait faire son petit tour le soir, "just to say hello".

Caroline a dit...

Parce qu'ils ont domestiqué un rat en plus! C'était de l'adaptation, ça! ;)

Anonyme a dit...

Billet très très intéressant, Blue!
Les photos également!
Tu devrais proposer cet article à un magazine!

Blue a dit...

Merci Blanche, c'est gentil. Mais je crois qu'il y aurait un petit problème de droits d'auteurs sur les photos. ;)