15 novembre 2006

Comme dans un film de Kusturica


Je vis dans un quartier du 19e arrondissement à la fois tranquille et populaire. Tranquille parce qu'on s'y sent en sécurité, malgré les tours HLM de la Place des Fêtes, non loin derrière, car toutes sortes de gens différents s'y côtoient sans trop de problème - Africains, Serbes, Juifs hassidiques, Maghrébins - et populaire parce que cet ancien quartier des relieurs de Paris est vivant, convivial et animé juste ce qu'il faut.

D'une fenêtre de mon appartement, j'assiste parfois à des scènes surréalistes ou carrément anachroniques. En voici une anthologie :

Sur le trottoir d'en face, un aveugle marche d'un pas mal assuré avec sa canne blanche. Sentant un obstacle, il le tâte, s'aperçoit que c'est un parcomètre, fouille dans sa poche, met de l'argent dedans et puis s'en va!

J'entends la clochette et la voix de l'aiguiseur de couteaux, qui passe trois ou quatre fois par année dans ma rue en tirant son fourbi derrière son vieux vélo. Ils ne doivent plus être très nombreux, les aiguiseurs de couteaux itinérants dans Paris...

Une Algérienne délirait tous les jours dans ma rue d'une voix suraigüe au cours de mes deux premières années ici. Si on la croisait dehors, elle se taisait, le regard vide, ou nous invectivait en arabe, mais si on répliquait en disant bonjour, elle semblait ne pas comprendre qu'on puisse la voir et lui parler. Elle faisait tellement partie du paysage sonore du quartier qu'on s'inquiétait un peu quand on ne l'entendait pas pendant deux ou trois jours. Et puis un bon matin, je l'ai vue dans la rue avec un hachoir à la main. C'est alors qu'ils l'ont embarquée pour de bon.

Ma rue prend aussi des airs de bal gitan lorsqu'un groupe de mauvais musiciens de l'Europe de l'Est y passe en jouant de la grosse caisse, du trombone et de la trompette sur la musique préenregistrée du film Arizona Dream et que nous leur jettons des pièces de monnaie par la fenêtre. Ils jouent horriblement mal, mais c'est si sympathique de les entendre pour quelques minutes et on se croirait dans un film de Kusturica...

8 commentaires:

Blue a dit...

Thanks and welcome to my blog, Dominic! Nice to get your comments in English but please feel free to use French if you feel like it. As you can see, we're all anglophiles around here anyway. ;)

Caroline a dit...

C'est craquant, ces scènes! Bon, la folle au hachoir, ça insécurise un peu, mais le pauvre aveugle qui nourrit un parcomètre et la délégation gitane qui colore le coin, on en veut, de la folie, comme ça! :)

Et j'ose avancer que seul Paris peut offrir cela.

Blue a dit...

Voilà qui devrait faire plaisir à Blanche. ;)

Pur bonheur a dit...

Dans le fond, vous leur lancer des pièces de monnaies pour qu'ils arrêtent :D

Anonyme a dit...

Wow... on dirait que le "vrai" Paname existe encore :-)

Blue a dit...

Tangerine : Non, non, je te promets, on aime ça. Ils ne viennent pas plus que 5-6 fois par année de toute façon, pas de quoi se tanner. On les paie pour leur entrain plus que pour leur musique. Et je suis sûre que c'est payant. ;)

Gryphon, oui. Tous les Parisiens qui viennent passer au moins une soirée dans mon quartier me le disent. C'est chouette, ici. ;)

Anonyme a dit...

La place des Fêtes! Je m'y suis rendue il y a quelques mois pour la crémaillère d'une copine.
J'aime les quartiers populaires vivants de Paris, c'est vrai que c'est là qu'on s'y sent le mieux pour vivre, les beaux quartiers de carte postale, je les garde pour mes promenades et mes flâneries :)
Ah Paris, comme tu me manques!

Anonyme a dit...

Tiens, du côté de là où travaille mon père, rue Wurtz, il y a aussi un aiguiseur de couteaux. C'est si atypique ce métier de nos jours dans nos villes! L'entendre sonner sa présence donne des airs d'autrefois... un bonheur!